Les industries du mensonge

J’ai choisi ce titre pour mon billet parce que je veux parler non pas seulement du dopage dans le sport (qui est devenu une industrie du mensonge), mais aussi des gourous manipulateurs, du féminisme (enfin, de l’idée que certains s’en font) et du discours « masculiniste » de certains hommes. Il y a donc plusieurs domaines dans lesquels on ment «en quantité industrielle».

La cycliste canadienne Geneviève Jeanson vient d’admettre qu’elle se dopait à l’EPO depuis des années. Mettons que personne n’est vraiment surpris.

Voici ce qu’en disent quelques médias canadiens, dont La Presse :

http://blogues.cyberpresse.ca/lagace/?p=70720406 (P. Lagacé)

http://www.cyberpresse.ca/article/20070922/CPOPINIONS/709220454/6741/CPOPINIONS (P. Foglia)
http://www.cyberpresse.ca/article/20070921/CPSPORTS09/709210500/6737/CPACTUALITES (J.-F. Bégin)

http://www.cyberpresse.ca/article/20070922/CPSPORTS/709220533/1003/CPSPORTS09 (Réjean Tremblay)

http://www.cyberpresse.ca/article/20070922/CPSPORTS/709220535/1003/CPSPORTS09 (Hugo Fontaine)

http://www.radio-canada.ca/sports/cyclisme/2007/09/20/007-chroniqueJeanson.shtml (Manon Gilbert, de Radio-Canada; de loin ce que j’ai lu de mieux sur le sujet)

Le cyclisme (on ne compte plus les cas) et le sport en général sont remplis de cas de dopage. Évidemment, il y a de gros sous en jeu, notamment les commandites d’entreprises et les salaires versés aux athlètes en tant que porte-parole de marques. Citius, altius, fortius ne veut plus rien dire quand, sur les blocs de départ, ce sont en réalité deux pharmaciens qui s’affrontent! Notre goût pour le spectacle à tout prix est en partie responsable de cette dérive.

Je ferai aussi allusion à la condamnation (qui sera peut-être portée en appel) pour enlèvement de l’ancienne biathlonnienne Myriam Bédard. Celle-ci s’était enfuie aux États-Unis en emmenant sa fille, pour des motifs plutôt rocambolesques, avec son conjoint actuel, l’énigmatique Nima Mazhari.

Mais j’aimerais aller voir un peu plus loin que le seul cas du sport. Il faut voir au-delà du fait divers sportif et voir des phénomènes sociaux inquiétants.

Le déni, dans tous les domaines (dopage sportif, abus de substances, violence conjugale, pédophilie, etc. …et même en politique!), c’est extrêmement malsain. Cela empêche une personne d’avancer, de régler ses problèmes.

Un autre phénomène très inquiétant : les gens qui se laissent manipuler et réduire en miettes par des manipulateurs. Ça montre comment le genre de personne que j’appelle le «gourou manipulateur» est dangereux. À relire : les livres de Marie-France Hirigoyen notamment Femmes sous emprise et d’Isabelle Nazare-Aga Les manipulateurs sont parmi nous. Tout le monde et surtout les femmes devraient lire ces livres ainsi que Ces femmes qui aiment trop de Robin Norwood.

Combien de femmes ont été ruinées, estropiées (Gabrielle Lavallée qui a écrit LAlliance de la brebis) ou tuées à cause de gourous? Pourquoi cette crédulité?
Je pense que beaucoup d’athlètes sont habitués de se faire dire quoi faire par leur entraîneur et ils sont démunis autrement. Jeanson a obéi à son tyran. Bédard obéit à son gourou mythomane (ce gars-là a le profil d’un leader de secte). Et, comme le soulignait très bien il y a plusieurs mois quelqu’un qui écrit dans La Presse, on a beau être championne mondiale, ça ne veut pas dire qu’on est une 100 watts dans les autres domaines.

Un intervenant sur le blogue de M. Lagacé a écrit : «J’aime beaucoup moins [l’article] de M Bégin. Dans ses deux derniers paragraphes il s’emploie a propager le syndrome [je pense que c’est un mythe] de l’éternelle femme victime de l’éternel méchant homme, classique! Même après quarante ans de féminisme, une femme ne peut être autre chose qu’une victime, quelle que soit sa part de responsabilité, sa maturité, son expérience. »

Je lui ai répondu :

«Non je ne vous démolirai pas. Je pense que vous avez un excellent point. Par contre, leurs mères sont encore de la vieille école. Je crois fermement que c’est la responsabilité de tout le monde, et notamment des femmes, de se déniaiser, de voir à son affaire, de se renseigner et d’être « son propre meilleur ami ». On devient progressivement de plus en plus responsable de ses actes à mesure qu’on vieillit. Il y a plein de monde qui essaient de nous fourrer, les commerçants, les institutions financières… vous avez compris. Surtout quand c’est ta carrière, ton avenir qui est en jeu… voire ta santé. Il ne faut pas être un gogo et se respecter.

«Peut-être que les enfants et en particulier les filles se font garder trop dans la ouate. On en fait des princesses, et ça fait leur affaire en quelque part. Et c’est une femme qui le dit! Moi je me suis fait agresser sexuellement à 14 ans parce que j’étais trop naïve.

«Ma fille ne sera pas naïve, je vais y voir. Elle aussi a un peu trop tendance à dire « ce n’est pas ma faute ». Serait-ce une tendance de la société actuelle? Il ne faut pas tomber dans la culpabilisation exagérée, mais on ne peut se déresponsabiliser de tout non plus. L’être humain a un certain pouvoir sur ce qui lui arrive!
Moi j’ai comme attitude the buck stops here. Il faut s’assumer, surtout quand on est un adulte.

Il faut que les femmes se branchent. Elles ne peuvent pas jouer sur les deux tableaux : être de pauvres victimes quand ça fait leur affaire et être autonomes quand ça fait leur affaire. Les revendications des femmes qui agissent ainsi n’ont guère de crédibilité et ça nous nuit à toutes. Et les hommes qui se sentent floués quand ça arrive ont raison!»

Bien entendu, le fait que Jeanson soit une femme et que certain(e)s aient pris sa défense en disant qu’elle était jeune, qu’elle s’est fait manipuler, etc. est interprété comme un lynchage d’un «méchant homme» (son entraîneur, André Aubut) par une meute de féministes assoiffées de sang. Drip, drip, le sang dégoutte (ironie).

Le lynchage féministe est où, exactement? Moi je dis qu’il est inexistant.

Ce n’est pas parce que des femmes disent des conneries que ce sont
nécessairement des féministes. Et ce n’est pas parce qu’une femme est féministe que tout ce qu’elle dit est nécessairement une connerie (ou intelligent). On peut être d’accord sur certains points et pas sur d’autres.

D’ailleurs, pour moi, être féministe ce n’est pas équivalent à haïr les hommes. Même si des femmes qui se présentent comme féministes sont des radicales et des extrémistes, c’est comme dans tous les mouvements politiques, il y a des extrémistes et des modérées.

Si on peut reprocher quelque chose à la grille d’analyse féministe «classique» (celle des années 60, mettons) c’est de n’avoir pas vu que les hommes étaient autant pognés dans des rôles sociaux et économiques rigides et étouffants que les femmes et qu’ils souffraient autant. Certaines ont attribué les difficultés des femmes aux hommes en tant que groupe ce qui, quand on y pense 2 secondes, n’a pas de bon sens.

Aubut est dénoncé comme un type contrôlant. Je ne le connais pas. Jeanson ne savait pas dans quoi elle s’embarquait à 16 ans avec le dopage. Elle le savait sûrement lorsqu’elle était plus âgée.

Est-ce qu’on peut dire que quelqu’un est contrôlant et manipulateur sans que ça soit nécessairement vu comme une tentative de nier la part de responsabilité de la personne manipulée («les femmes se font toujours passer pour des victimes»)? Il y a des gens qui cèdent à la manipulation parce que ça fait leur affaire, au moins à court terme, je l’admets.

À suivre…

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Publié dans Droits de la personne, Droits des femmes, Religions, Société, Spiritualité. Commentaires fermés sur Les industries du mensonge
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