Répliquer avec dignité au discours masculiniste

Je ne suis pas sociologue. Je note cependant dans les médias et dans les colonnes des commentaires des journaux un nombre croissant de commentaires de personnes (souvent sous des noms masculins, mais pas toujours) qui attribuent la faute de TOUT ce qui cloche dans la société aux «féministes». (Il faudrait d’abord voir si celles qu’on appelle féministes sont correctement décrites.)

J’aimerais rassembler ici des recherches sur la question afin de tenter de démêler le vrai du faux dans ce fatras d’accusations.

Ces critiques sont stridentes, sans nuances, voire vitrioliques. Toute tentative de faire remarquer qu’on met ainsi un grand nombre de femmes très différentes dans le même panier ne reçoit généralement pas de réponse cohérente. Les féministes sont des «lesbiennes moustachues» qui haïssent les hommes (et les Québécois ont ensuite tendance à citer en exemple Françoise David ou Lise Payette comme exemple uniques, souvent sans connaître l’ensemble de leurs réalisations ou de leurs positions). Sauf que les «masculinistes» ne se rendent pas compte de l’agressivité, de la haine et des préjugés qu’ils véhiculent eux aussi.

Voici quelques-uns des arguments que ces personnes avancent :

  1. Les statistiques officielles sont biaisées (on prétend que c’est délibéré) ou délibérément faussées — une accusation des plus graves car elle rend tout dialogue sérieux impossible. Selon eux, le nombre d’hommes victimes de violence conjugale, par exemple, est systématiquement sous-estimé.
  2. Les femmes ne s’occupent plus de leurs enfants et les «parquent» dans des garderies; on dénonce beaucoup les «CPE à Marois», entre autres. Pire encore, elles les négligent et les maltraitent. «C’est plein d’enfants battus à Sainte-Justine». Comme si 100% de la violence familiale envers les enfants venait des femmes.
  3. Les femmes sont aussi violentes que les hommes, aussi pédophiles que les hommes.
  4. On décrit le système d’éducation comme favorisant les femmes et l’échec scolaire des garçons comme causé par les femmes.
  5. On dit que le système judiciaire favorise les femmes de manière systématique, notamment dans les cas de divorce et les ordonnances de garde d’enfants. Les hommes sont, disent ces personnes, faussement accusés d’inceste et de mauvais traitement. Là où il y a des erreurs, on voit une volonté. Quelques cas de femmes qui ont eu recours à de fausses accusations pour se venger lors de causes de divorces, des décisions injustes sont présentées comme étant la norme.
  6. Il y a eu beaucoup de femmes qui ont eu du pouvoir dans le monde et qui l’ont exercé de manière maléfique. On cite de manièe anecdotique Margaret Thatcher, Elizabeth Ire, les impératrices chinoises, Marie de Médicis, etc.
  7. On prétend que les programmes de discrimination positive ont donné des postes de responsabilité à des femmes incompétentes.
  8. Les féministes qui sont citées sont les plus radicales et on exagère l’influence de ces femmes sur la société et la vision qu’en ont les femmes.
  9. Les hommes qui s’opposent au discours masculiniste, notamment Martin Dufresne et la constellation des militant(e)s antipatriarcat, sont insultés et tournés en ridicule. On les traite notamment de tapettes, etc.
  • On oublie commodément que la violence des femmes est plus souvent défensive et celle des hommes violents, offensive. Pour ce qui est des femmes pédophiles ou éphébophiles, certaines le sont, d’autres sont simplement les complices, volontaires ou non, de leur conjoint ou font semblant de ne rien voir (une problématique complexe en elle-même) et d’autres encore sont «réellement amoureuses» — hmmmm…
  • Je suis d’accord pour dire que le fait d’essayer de coller les enfants à leurs pupitres, de ne tolérer aucun bruit dans les classes, de donner du Ritalin à des enfants qui ne devraient pas en recevoir, d’interdire le ballon-chasseur ou de couper les récréations ne favorise pas les garçons. Le manque d’équipes sportives n’aide pas non plus. Le manque de travaux concrets, où on peut se salir les mains, dans les classes, peut peut-être nuire aussi. Il y a des enseignats et des directions d’écoles qui exagèrent, Il y a aussi fort peu d’enseignants hommes au primaire et au secondaire. mais de là à attribuer le suicide plus fréquent des hommes à la «féminisation de la société», à l’«émasculation de l’homme québécois pour en faire un toutou rose bien sage», je pense qu’on charrie allégrement. Où donc êtes-vous, messieurs?
  • Quand on vient me dire que les garçons manquent de modèles masculins sains, je réplique en demandant pourquoi un bon nombre des pères divorcés disparaissent carrément de la vie de leurs enfants… quand ce n’est pas pour y demeurer à la seule fin d’exercer la vengeance, la violence et le chantage.
  • Il faut le dire : tous les mois, des femmes et des enfants meurent de la violence d’un homme, mari, ami de coeur — pas toujours ex. Les masculinistes aiment clamer qu’il n’y a pas assez de services pour les hommes «en détresse». Ils aiment présenter les batteurs de femmes et d’enfants et les assassins comme des hommes «poussés à bout». C’est encore le déni. C’est la même attitude que l’homme violeur qui dit «elle n’avait juste à ne pas porter de minijupe».
  • Vous allez comprendre pourquoi je ne publie ni mon vrai nom, ni ma vraie photo. J’ai eu un conjoint qui m’a agressée et dénigrée verbalement pendant une dizaine d’années, en plus de m’agresser physiquement quelques fois, dont la première fois quand j’étais enceinte — c’est typique de l’homme terrorisé qui a peur de ne plus être le centre de l’univers pour «sa chose». Jamais il ne me consultait pour les décisions relatives aux enfants : j’étais mise devant le fait accompli. J’étais une mauvaise mère, une mère molle. (Imaginez la côte à remonter ensuite pour établir votre autorité par la suite lorsque vous devenez monoparentale!) Le juge l’a condamné à suivre une thérapie.
  • Or, je le sais maintenant, ces thérapies sont fort peu efficaces. Elles sont trop souvent des portes de sortie pour les hommes qui veulent éviter la prison. L’homme violent demeure convaincu qu’il a raison. Il rencontre là d’autres hommes qui, comme lui, ne se sentent pas coupables; ils s’encourageront mutuellement. Ces thérapies sont rarement efficaces parce qu’elles adoptent trop souvent le point de vue de l’homme, prétendent que les torts sont également répartis et sont fondé sur l’idées fausse qu’il s’agit d’un cas de «mauvaise gestion des émotions», alors qu’il s’agit d’un CAS D’ABUS DE POUVOIR.
  • L’homme violent croit que ses droits ont été bafoués, que tout est la faute de sa conjointe. Celle-ci continuera faut le dire : la plupart du temps, ces thérapies sont des farces. L’homme qui y va n’y va pas de son plein gré. Il y va pour échapper à une sentence de prison. Il est persuadé qu’il a raison et que tout est la faute de sa femme. Trop souvent, son esprit est fermé. De plus, le problème est mal défini : c’est le type de rapport qui est défectueux au grand complet — cette violence est un comportement machiste voulu et conscient et non «des aptitudes déficientes en gestion de la colère» et autres foutaises. C’est bien ce que mon expérience personne démontre : ces hommes n’acceptent pas les relations égalitaires entre conjoints.
  • Les masculinistes aiment bien dire que les femmes doivent se prendre en main, qu’elles exploitent les hommes, tout en espérant que l’égalité salariale ne sera pas réalisée, bien entendu. Pourquoi alors présentent-ils les cas où un homme bat sa conjointe (et souvent ses enfants aussi) et/ou la tue comme un cas d’«homme en détresse»? MÉCHANTE DÉTRESSE! Là, ils disent que la société s’attend à ce qu’ils soient forts et maîtrisent leurs émotions et que cela leurt cause un stress insurmontable. C’était effectivement une attente de la société patriarcale envers les hommes. Donc ils admettent que la société patriarcale a figé les gens dans des rôles nocifs qui les soumettent à trop de pression. Au contraire, la plupart des femmes et bien des hommes aimeraient que les hommes expriment leurs émotions davantage! C’est même fréquemment un sujet de blagues et de sketches d’humour.
  • Mais, ce faisant, les masculinistes essaient de gagner sur les deux tableaux et se contredisent. Si, selon eux, l’homme est le sexe fort, pourquoi ne se prend-il pas en main? La société patriarcale n’était donc pas «bonne»? Ils en ont souffert? Ils viennent ensuite nous dire que les revendications des hommes ne sont pas prises au sérieux, qu’ils n’ont pas de ressources. Les masculinistes sont forts quand ça leur tente, et faibles quand ça leur tente. Ils font appel à la société, devant laquelle ils se disent impuissants, tout en l’accusant de tous les maux.
  • N’est-ce pas bizarre, toute cette haine envers les femmes qui veulent simplement être traitées comme des êtres humains et envers ceux et celels qui défendent ce droit? C’est bien la preuve qu’en dessous de ce débat, il y a autre chose : l’agressivité d’une clique qui a peur de perdre ses privilèges.

J’aimerais en profiter pour remercier les hommes qui soutiennent les femmes dans la recherche de la réelle égalité, ou personne ne sera brimé, et en particulier mon adorable conjoint.

Référence(s)

La réussite scolaire comparée selon le sexe : catalyseur des discours masculinistes dans le site de Condition féminine Canada (que le gouvernement Harper s’est empressé de priver de fonds, ô surprise).

http://www.antipatriarcat.org/cmcs/section.php?section=textes

J’ai de la job! À suivre…

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Publié dans Droits des femmes, Sexualité, Société. Commentaires fermés sur Répliquer avec dignité au discours masculiniste
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