Le Québec va mal? C'est la faute des femmes, voyons donc.

J’en ai vraiment ras le bol que les commentateurs s’obstinent à mettre tout ce qui va mal sur le dos des femmes. Tiens, encore ce matin, voilà ce que Mario Roy écrit dans la Presse :

Le dimanche 16 décembre 2007
L’âge des ténèbres : le poids du monde

Mario Roy
La Presse
Il n’est pas courant qu’un film de fiction s’impose surtout par son «message», dirait-on si ce terme n’était pas devenu aussi terrorisant. C’est ce qui arrive à L’âge des ténèbres , de Denys Arcand, davantage commenté en termes sociologiques que cinématographiques depuis sa première projection à Cannes, en mai dernier.

Le film amorçait, hier, sa deuxième semaine dans 82 salles québécoises; le distributeur n’a pas diminué l’offre, malgré une demande plutôt moyenne aux premiers jours de projection. C’est une sage décision, car l’oeuvre va s’imposer graduellement par le bouche à oreille. On l’a suffisamment dit : Arcand y propose une vision noire de la société québécoise en particulier et de ce qu’il advient de la destinée humaine, celle du mâle tout spécialement.

En France et ici, on a rapidement conclu que ce «cynisme» et ce «pessimisme» relèvent, non pas d’un travail d’observation et de réflexion pouvant légitimement mener à ce point de vue, mais plutôt d’une tare liée à l’âge d’Arcand (il a 66 ans). «Un film de vieux con !» a élégamment résumé le périodique français Les Inrockuptibles. Il n’y a pas de loi contre l’âgisme. C’est d’ailleurs heureux : le Stade olympique ne suffirait pas à loger la bureaucratie qu’il faudrait pour la faire respecter.

Marc Labrèche parfaitement génial porte le poids du film. Son personnage, le fonctionnaire Jean-Marc Leblanc, porte le poids du monde. Et ce monde est lourd de l’oppression que la bête humaine s’inflige à elle-même par la course de rats (l’anglais, rat race , est plus parlant) dont il a un jour sonné le départ pour s’y retrouver aujourd’hui coincé. Et par la codification toujours plus fine, plus totale, de la vie en société et de la moindre action humaine, ce travail de police étant délégué à un État dont l’efficacité diminue dans l’exacte proportion où son dessein messianique se gonfle. Même les relations entre les sexes sont codifiées, à la fois par l’État et par le marché («Je ne descendrai pas en bas de 100 000 dollars !» lance, dans une séance de speed dating, une consommatrice déçue du salaire maigrichon de Leblanc).

Et c’est le mâle qui se retrouve objet. Objet utilitaire. Objet invisible. Objet méprisé. Et même objet des femmes imaginées qui meublent ses fantasmes, ultime oppression venue de l’intérieur. Bref, Jean-Marc Leblanc est un Occidental, un Québécois, un mâle, qui n’a plus de prise sur la vie, et sur sa vie, jusqu’au jour où il décroche de la course et des codes. C’est un peu cliché, bien entendu, et on aurait pu imaginer une autre conclusion : Leblanc demeurant objet jusqu’à sa mort, par exemple.

On peut contester toute cette thèse en disant que le portrait est partiel il l’est.Mais on ne peut certainement pas prétendre que ce que décrit Denys Arcand n’existe pas. Ou nier que la montée de l’oppression par les systèmes que l’homme s’est lui-même infligés constitue la tendance lourde à peu près partout en Occident et le Québec n’est pas un deux de pique à ce jeu-là.Ce n’est pas une hallucination provoquée par le grand âge, mais une image gravée par la lucidité.

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Voici ce que je lui ai répondu :

Beau discours masculiniste : le monde s’effrite parce que le Québec se «féminise» — ou comment ranger les Québécoises avec les sorcières de Salem. Qu’il est donc difficile pour les passéistes nostalgiques du patriarcat d’accepter que les femmes prennent leur place! Tant que les hommes percevront le fait que les femmes reçoivent un peu plus (pas entièrement) leur dû en tant que citoyens et être humains comme une perte et non comme un rééquilibrage visant à répartir également les responsabilités et les fardeaux, il y aura encore des hommes boudeurs et amers qui feront des relations de couple un jeu d’échecs (calembour voulu).

La dérive, le vide moral et le vide des idées que vous relevez sont réels mais je conteste la source que vous indiquez : pourquoi juste l’attribuer aux femmes? La consommation effrénée, l’ambition sans limite, les couples jetables, l’égoïsme et la démission, les enfants la clé au cou, etc., ne sont pas uniquement la faute ou le fait des femmes. La dérive de l’éducation d’où tout esprit de compétition et toute saiune énergie sont bannies vient du MELS (beau regroupement!) qui, à ma connaissance, n’est pas contrôlé par les «féminazies».

Prétendre que l’égalité est synonyme d’identité («les hommes et les femmes sont pareils») [et que c’est ce que veulent les féministes] est un sophisme commode pour discréditer les revendications des femmes.

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Publié dans Éducation, Droits de la personne, Droits des femmes, Humeur, Politique québécoise, Société. Commentaires fermés sur Le Québec va mal? C'est la faute des femmes, voyons donc.
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