L'injection létale n'est pas un châtiment cruel et inhabituel, dixit la Cour suprême des États-Unis

Florida Department of Corrections

Source : Florida Department of Corrections

Je fais référence à cet article de Pierre R. Chantelois, sur CentPapiers.

Ça me dépasse. Je ne comprends pas. Comment peut-on regarder quelqu’un dans les yeux, puis le tuer? Les criminels le font. Les bourreaux le font aussi, au nom de l’État.

Je vais faire un long détour et puis je reviendrai à la peine de mort. Avant, j’aimerais évoquer ou rappeler certaines choses.

Je sais que des criminels tuent de sang-froid. On étudie l’âme criminelle depuis bien longtemps. Certains meurtriers ont forme humaine, mais c’est à peu près tout ce qu’ils ont d’humain. Ils ont diverses pathologies psychiatriques. Les plus fascinants sont des êtres redoutablement intelligents mais qui n’éprouvent aucune empathie pour autrui. Pour eux, seule compte la satisfaction de leurs bas instincts, de leurs besoins étranges et incompréhensibles, de leurs pulsions irrépressibles. Ce sont les sociopathes narcissiques. Le reste de l’humanité est pour eux des vers de terre inférieurs qu’ils utilisent sans scrupules à leurs fins. Ils y prennent même plaisir.

La plupart des gens reculent d’horreur devant les Hannibal Lecter de ce monde. Nous souhaitons qu’ils soient mis hors d’état de nuire de manière permanente. Nous avons peur quand ils rôdent dans notre collectivité. Nous lisons avec horreur les faits divers dans le journal. Les meurtriers en série sont responsables d’une infime partie des crimes violents, mais ce sont les plus spectaculaires, les plus médiatisés. Ils semblent se jouer de la police et la narguer, lui échapper pendant des mois, voire des années. L’Unabomber est resté impuni des années durant. Ce genre de criminel est une matière première rêvée pour les romanciers.

Il y a aussi les tireurs fous. Nous en avons eu un exemplaire tristement célèbre, Marc Lépine à Poly. Je dois dire honnêtement que je n’oublierai jamais cette journée. J’ai fréquenté deux étudiants de Poly, un pendant trois ans; j’ai épousé l’autre. J’ai mangé plus d’une fois à la cafétéria de Poly, assise sur une des chaises de plastique jaune. Je me suis promenée dans ces corridors pour aller attendre mon copain à la fin de son cours. J’ai passé en tout 14 ans à l’Université de Montréal. Si Gharbi-Lépine avait agi une autre année que 1989, j’aurais pu y passer. Un de mes anciens collègues de travail l’a eu dans sa classe au cégep.

Je suis allée présenter mes respects aux 14 cercueils roses. La file d’attente s’étirait sur des kilomètres. Mes yeux se remplissent de larmes chaque fois que j’y pense. Un père de famille, aussi policier, est tombé sans aucune préparation sur sa fille morte. Ah mon Dieu, quelle horreur…

Je suis parent. J’ai un fils de 22 ans (demain, 20 avril) et une fille de 16 ans. Je sais ce que c’est de trembler pour ses enfants (mais pas autant que les parents des étudiants de Dawson). Il y a eu quelques bouttes rough. Je sais comment on se sent quand notre enfant se fait interpeller par la police (Dieu merci, rien de grave mais j’étais quand même en furie et je l’ai dit).

Ce n’est pas vrai que les parents sont toujours coupables si quelqu’un tourne mal. Les gens ont eu des propos très durs pour les parents de Kimveer Gill. C’est injuste. Sa mère était alors en chimiothérapie. Le grand six pieds goth se cachait dans sa chambre pour broyer du noir, il ne prenait pas ses médicaments, il faisait son poker face… comme les deux de Columbine. C’est tellement facile, tellement tentant, de blâmer les parents. Il y a des comportements, des pathologies contre lesquels les parents sont démunis.

Quand quelqu’un se rend coupable de meurtre, l’homme de la rue (expression figée, il y a des femmes aussi) règle ça vite. «Ils ne méritent pas de vivre. Débarrassez-nous-en. Et cela fera moins de bouches à nourrir pour l’État. ce sont des animaux.»

Justement. Ce ne sont pas des animaux. Et cette attitude sent trop la vengeance à mon goût.

J’ai plusieurs arguments contre la peine de mort. En voici quelques-uns :

  1. Il est faux de prétendre que la peine de mort fait économiser de l’argent à l’État;
  2. Il y a trop d’erreurs judiciaires. Et, bien entendu, une fois le prisonnier exécuté, l’erreur est irréparable. Pire encore : parfois ce ne sont pas des erreurs mais bien de la paresse, de l’incompétence (de la part de la police, du juge, des avocats…), un biais idéologique ou raciste qui envoient quelqu’un dans death row;
  3. Pour moi, la peine de mort équivaut à s’abaisser au niveau des criminels qu’on veut punir; elle équivaut au talion, à la vengeance;
  4. Les groupes les plus pauvres et démunis de la société (déficients et malades mentaux, membres de minorités visibles, personnes à faible revenu, enfants de familles dysfonctionnelles, parfois même personnes qui n’étaient pas légalement des adultes au moment des faits qu’on leur reproche…) sont surreprésentés chez les condamné(e)s à mort;
  5. J’ai une objection philosophique ou éthique contre cette pratique;
  6. Les pays qui appliquent la peine de mort sont parmi les moins démocratiques, à l’exception des États-Unis (mais ce pays traverse en ce moment une dangereuse dérive vers le totalitarisme) et du Japon.
Le coût

<à suivre>

Grrrr! Ajout le 22 avril 2008

Le site du Death Penalty Information Center a été hacké, un imbécile de hacker (probablement quelqu’un qui est en faveur de la peine de mort, ou un drettiste) a mis un redirect dessus. Mes amis, il va falloir attendre qu’ils s’en débarrassent car les statistiques que je voulais citer sont là.

Deuxième mise à jour à 14h le 22 avril 2008 : le site du Death Penalty Information Center est maintenant «en construction». Ils sont sans doute en train de réparer les dégâts.

C’est maintenant réparé le 22 avril 2008 à 17h16.

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