Xavier Dolan a raison et Duhaime est perdu au champ droit

Xavier Dolan, ce cinéaste québécois dont tout le monde a au moins entendu le nom, a signé une lettre d’opinion dans le Devoir qui n’a pas plu à Éric Duhaime (yé, j’en suis ravie, soit dit en passant; oups, j’avais écrit Duhaine… c’est bien comme ça que je le vois).

M. Dolan a d’ailleurs riposté au commentaire d’Éric Duhaime.

Des lecteurs n’ont pas aimé.

Monsieur Dolan,

Je suis d’accord avec votre lettre dans Le Devoir. Éric Duhaime et Stephen Harper (qui s’amuse follement à saccager le soutien aux arts et à la culture) voient le cinéma (et, à mon avis, l’art en général) comme un simple divertissement. Erreur!

L’art, et en particulier le cinéma, véhicule des messages parfois très percutants. Par exemple, Costa-Gavras a créé une série de films que j’ai aimés énormément, dont Z,  et qui m’ont révoltée contre l’injustice. On peut aussi penser à la peinture Guernica de Pablo Picasso, une œuvre immense dans tous les sens du mot que j’ai eu la chance de voir à New York avant son retour en Espagne et qui m’a beaucoup marquée.

L’art est l’expression d’une personne, d’une culture, d’une vision du monde, d’une tranche de réalité pour en faire un instantané, une critique… L’art et l’artiste sont les ambassadeurs d’un peuple, communiquent l’image d’une société. C’est pour cela que les drettistes détestent tant les artistes : ce message est parfois très critique, cru, amer, décapant. Et l’art non écrit est accessible à des gens qui ne prendraient pas le temps de lire mais qui prennent le temps de regarder.

Contrairement à ce que semble penser M. Duhaime, pour faire un bon film (comme les vôtres), une peinture ou une sculpture qui sera un chef-d’œuvre, un roman qui fait date (1984!), il faut, comme les philosophes, être en prise directe sur la vie, la réalité, l’actualité. Le créateur, le penseur ne vit pas dans une tour d’ivoire!

On veut nous faire croire que les artistes sont en marge de la société, qu’ils n’y contribuent pas, qu’ils sont des parasites.

Au contraire. L’art, la réflexion critique et tout ce qui est « inutile » selon le terme d’un auteur français – comme ces matières « qui ne procurent aucune perspective d’emploi » qu’on s’obstine à enseigner, au grand chagrin des drettistes! –  sont les caractéristiques humaines qui nous distinguent des robots ou des animaux. L’art humanise la vie.

Mais pour les gens qui vivent dans une logique purement marchande, utilitariste, matérialiste, où tout se monnaie, l’art est un « luxe » réservé aux « élites ». Pour trop de riches, l’œuvre d’art est un simple objet matériel qu’on collectionne, qui prend de la valeur et qu’on revend à profit. Une source de vanité. Et pour tout le reste, l’art est une perte de temps. Au pire, un message subversif qu’il faut éradiquer. Bien des dictatures l’ont compris, qui pourchassent les poètes et romanciers, les essayistes et, je m’en voudrais de ne pas le dire, les journalistes.

Il ne faut pas que les prolétaires décollent le nez du quotidien. Il ne faut pas qu’ils réfléchissent. Surtout, il ne faut pas qu’ils acquièrent des schèmes de pensée articulés, un sens critique, du recul.

Ça dérange la drette. Ça dérange le 1 %.
–

Ajout le 22 juillet 2012 : les banquiers sont pas mal plus près de l’idée que je me fais d’un parasite. Et puis, ce qu’on appelle trop souvent « élite », ce sont les riches, les snobs, les parvenus, le 1 %, ceux et celles pour qui papa-maman avaient les moyens de les envoyer à Harvard, ceux qui «sont assez intelligents et instruits, eux » pour comprendre l’Art! BULLSHIT. L’élite devrait être les meilleures personnes d’une société  – le contraire des plus riches, trop souvent.

Publicités
%d blogueurs aiment cette page :