Le mythe BS = TOUJOURS paresse (MISE À JOUR)

J’avais publié ce billet en 2007. C’est triste, mais il est encore d’actualité.

Le président Bush a opposé son veto à une extension de l’assurance-maladie d’État à un plus grand nombre d’enfants. M. Richard Hétu en parle dans son blogue de La Presse. Le débat a dévié sur les pauvres et les prestataires de la sécurité du revenu. Évidemment, ça ne rate jamais : quelqu’un a sorti la vieille rengaine BS = paresse.

On nous dit d’abord qu’il y a trop de BS au Québec.
Oui, dans un sens, il y aura toujours trop de gens qui dépendent de la sécurité du revenu. Disons aussi qu’il n’y en a jamais eu si peu et que la plupart de ceux qui restent sont inaptes au travail.

Le mythe du self-made man a la vie dure. L’éthique protestante chère à Max Weber (L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme et ses autres oeuvres) a comme effet pervers que trop de gens font l’équation riche = béni de Dieu et pauvre = pécheur puni qui, évidemment, est fausse et cruelle. Ces bonnes âmes ont notamment oublié ce qu’il y a dans le livre de Job (l’histoire d’un homme qui n’a rien à se reprocher et qui subit une badluck après l’autre, parce que Dieu veut le tester; cette histoire est encore pertinente aujourd’hui parce qu’elle traite du caractère aléatoire des catastrophes qui nous frappent). Être pauvre, avoir des malheurs ne veut pas dire qu’on a péché, qu’on est nécessairement un(e) raté(e).

Je ne pense pas qu’on puisse dire que, dans tous les cas, une personne pauvre est une nouille paresseuse qui mérite ce qui lui arrive. Il y a des personnes handicapées, notamment, qui ont bien du mal à trouver et conserver un emploi. Mais même chez les non-handicapés, ce n’est pas toujours leur faute. Par contre, je sais que, sur les lignes ouvertes de certains postes de radio, c’est populaire de déblatérer contre les pauvres, les BS, les immigrants, etc. Préjugéville! Toute ressemblance avec une municipalité réelle est un pur hasard (grosse ironie)!

On me dit que certains BS ont des Harley. Eh bien, Il y a pas mal de Hell’s qui sont sur le BS puisqu’ils ne déclarent généralement aucun revenu légal. Ce ne sont pas de vrais BS. Le Harley devrait mettre la puce à l’oreille. Lisez les articles sur les enquêtes de la SQ dans ce milieu!

Pour ce qui est du BS qui se perpétue, ceux qui se regroupent (cuisines collectives, cours de gestion du budget…) s’en sortent mieux que les autres, qui sont pris avec la honte et l’isolement social, les reproches que les gens du travaillent leur font. Le BS qui se transmet s’explique notamment par le fait que l’analphabétisme et l’absence de diplômes ont tendance à se transmettre eux aussi, de même que l’incapacité de faire des choix budgétaires rationnels (faire son épicerie au dépanneur à gros prix au lieu de profiter des soldes; dans certaines banlieues, il faut un moyen de transport pour faire l’épicerie, que les pauvres n’ont pas).

Voici comment certaines personnes aident des enfants à sortir du ghetto de la pauvreté. Car la pauvreté c’est aussi l’exclusion sociale, l’absence de contacts pour l’emploi, le manque de stimulation de l’intelligence… Et les parents ne sont pas toujours à blâmer. Certains ont choisi de s’impliquer. Il faudrait plus de gens comme le Dr Gilles Julien, pédiatre social.

On dénonce les handicaps à long terme que subissent les enfants africains qui survivent de peine et de misère aux famines, mais les enfants québécois qui, aujourd’hui, ICI, mangent de la scrap pas chère ou rien du tout seront demain malades et incapables de travailler. La malnutrition, surtout en bas âge, cause des dommages au cerveau et nuit au développement. Et en plus, ils voient leurs parents fumer (plus on est pauvre, plus on fume : le seul plaisir qu’il leur reste, le reste est trop cher).

Essayez de vous chercher un emploi quand vous n’avez rien de décent à vous mettre, pas d’argent pour l’autobus et l’estomac vide pour marcher 3 kilomètres!

Un certain nombre de prestataires de la sécurité du revenu sont des gagne-petit qui ne peuvent plus travailler à la suite d’un accident, d’une maladie ou d’un acte criminel, qui ont épuisé leur assurance-groupe (les compagnies d’assurances se font tirer l’oreille pour payer plus que 5 ans, croyez-moi!) et qui se battent en cour pour se faire dédommager. Ils n’avaient pas au départ un gros compte en banque. Et il est légal pour un employeur de mettre fin à l’emploi d’une personne qui n’a aucun espoir de retourner travailler, et je comprends cela.

Les gens ne se rendent pas compte que les enfants qui ne mangent pas à leur faim pendant de longues périodes ont du mal à suivre en classe, qu’à la longue, ils vont souffrir de retards de développement et même de déficits cognitifs permanents à cause des privations. Avec une santé chancelante, peu d’instruction, aucun exemple positif, l’exclusion et la stigmatisation sociale, et de graves lacunes en «life skills», ils viendront perpétuer le mythe du BS = paresse. Je ne dis pas cela pour les rabaisser : ces gens ont besoin d’aide, pas de se faire juger. Et je ne parle pas de «charité» condescendante et méprisante! Je souligne simplement que c’est bien plus facile de créer une armée de boubou-macoutes et de couper arbitrairement que de chercher des solutions permanentes au problème de la pauvreté.

Oui, il y aura toujours des pauvres. Cela ne veut pas dire qu’il faille rester les bras croisés!

Je ne souhaite à personne de vivre ce que j’ai vécu dans mes périodes de chômage des années 80… 25$ par semaine pour faire l’épicerie, mais au moins je savais quoi acheter pour maximiser les qualités nutritives… Les gens ne se rendent pas compte à quel point les personnes à faible revenu sont gênées de leur situation : vieux vêtements, dents noires et non réparées, cheveux en bataille… jamais capables d’aller nulle part par manque d’argent, pas de médicaments, même pas une aspirine, pas de vacances pour la même raison… ah comme ça, quand on n’est pauvre on n’a pas droit à des vacances?

Les gens qui travaillent aiment porter des jugements moraux sur les pauvres : pas le droit de fumer, pas le droit de faire des enfants, pas le droit de prendre UNE bière (pas au point d’empêcher un bébé d’avoir son lait, évidemment!). Il faudrait «puncher» et rendre compte de tout! Mais les gens pauvres ne sont pas toujours plus cons que les autres, juste moins chanceux.

On oublie aussi que les gouvernements ont vidé les asiles psychiatriques et que des personnes qui sont mal équipées pour vivre en société, qui ont de gros problèmes au point de ne pouvoir fonctionner au travail, se retrouvent dans une chambre miteuse à attendre leur chèque, qu’ils sont incapables de gérer sans aide.

Et les chicanes que ce stress et ces privations entraînent… la violence aussi, ça laisse des séquelles qui sont parfois permanentes! les coups de téléphone des créanciers et la honte qui vous fait raser les murs… aller à la banque alimentaire et croiser votre voisin, qui vous regarde avec mépris…

Je dis aux bien-pensants : Jugez, jugez donc une réalité dont vous ignorez tout!

Et ce n’est pas plus facile aux USA quand on est pauvre; ce l’est probablement moins!

The land of the free! MON OEIL!!

Article de La Presse sur la ville de Montréal et la pauvreté

Signes vitaux Canada

Ajout 2012

Tout ce que j’ai écrit est encore valable, mais voici de l’information supplémentaire.

La condition économique des jeunes entre mythe et réalité

Les prestations d’aide sociale sont-elles trop généreuses?

Texte américain récent : Lies of Plutocracy: Exploding Five Myths that Dehumanize the Poor

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Publié dans Droits de la personne, Humeur, Politique américaine, Politique québécoise, Société. Commentaires fermés sur Le mythe BS = TOUJOURS paresse (MISE À JOUR)
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