Poly + 25 – 14

6 décembre 14 chandelles2

25 ans – 25 years – 25 años

♥ Vous vivez à jamais dans nos cœurs ♥
♥ Forever alive in our hearts ♥
♥ Usted vive para siempre en nuestros corazones ♥
♥ Żyć wiecznie w naszych sercach ♥

Geneviève Bergeron (née en 1968), étudiante en génie civil.
Hélène Colgan (née en 1966), étudiante en génie mécanique.
Nathalie Croteau (née en 1966), étudiante en génie mécanique.
Barbara Daigneault (née en 1967), étudiante en génie mécanique.
Anne-Marie Edward (née en 1968), étudiante en génie chimique.
Maud Haviernick (née en 1960), étudiante en génie des matériaux.
Barbara Klucznik-Widajewicz (née en 1958), étudiante infirmière.
Maryse Laganière (née en 1964), employée au département des finances.
Maryse Leclair (née en 1966), étudiante en génie des matériaux.
Anne-Marie Lemay (née en 1967), étudiante en génie mécanique.
Sonia Pelletier (née en 1961), étudiante en génie mécanique.
Michèle Richard (née en 1968), étudiante en génie des matériaux.
Annie St-Arneault (née en 1966), étudiante en génie mécanique.
Annie Turcotte (née en 1969), étudiante en génie des matériaux.roses blanches

La Charte? Pu capab!

hibou tanné
Aucun commentaire haineux ne sera publié. Par contre, je me réserve le droit de les transférer à la police si c’est justifié. Tenez-vous-le pour dit. Apparemment, certains n’ont pas envie de tester… respectable simon picotte Michael Laughrea David Ouellette

Eh oui, je défends le port de la kippa (Mazel Tov aux gens qui me dépeignent comme antisémite depuis des années!), du turban et du hidjab. Pas pantoute le tchador, l’abaya, le niqab et tout ce qui est plus « voilant », par contre, et ceci est ferme.

Les gens s’indignent contre le voile, mais je ne les entends pas trop se plaindre de l’utilisation faite des femmes dans la publicité. On ne parlera pas de la porno, etc.

Je pense que l’Occident n’a pas de leçons de respect ni de dignité des femmes à donner à qui que ce soit. (Et surtout pas l’arrière-garde macho des hommes pseudo-féministes et leurs cheerleaders réactionnaires. Je ne parle PAS de tous les hommes.)

Les Femen ont d’ailleurs été fondées… par un homme! Il savait que des seins, ça attirerait l’attention!

Et si nous avons des catholiques qui prennent la pilule, et que tout le monde sauf les évêques trouve ça normal, pourquoi se préoccuper de ce que les mollahs pensent du maquillage? Ces femmes voilées sont pour la plupart sincères, non opprimées, et suivent leur conscience. Nous avons nos propres contradictions… elles sont nombreuses! Alors pourquoi être étonnés que les musulmanes en vivent, consciemment ou non. Le monde arabe a créé les Mille et Une Nuits, le baladi, beaucoup de superbes poésies… et l’islam. Nous avons les soeurs cloîtrées et les annonces de déodorant Axe!

Dalila ne vit pas en Iran, que je sache? Elle vit ici! Je sais bien que les femmes sont traitées comme des citoyennes de seconde zone dans beaucoup de pays, moins développés ou pas (pas juste musulmans, à propos! Aux États-Unis, qui réglementent davantage les utérus que les mitraillettes… en Inde, en Afrique…). Mais en quoi cela a-t-il rapport avec ce qui se passe ici? Nous ne sommes pas en train de régler les problèmes de l’Arabie saoudite, mais en train d’essayer de réparer les pots cassés par le PQ et ses fomenteurs de haine.

Et puis j’en ai marre des féministes occidentaux, privilégiés, blancs et chrétiens (surtout certains hommes) qui ne connaissent qu’une seule façon d’être féministe — en microjupe et pas de brassière (c’est vraiment être libérée, ça??) — et ne croient pas les musulmanes quand elles disent faire leur choix librement, quand ils et elles ne leur accordent même pas la capacité de penser par elles-mêmes. Ça vaut bien la peine de parler des pères et des maris qui les oppriment et les traitent en mineures quand certains ici font la même chose!

Je ne suis pas musulmane et je ne porterais jamais le voile, car ce n’est pas moi. Mais voulez-vous bien cesser de penser et de décider à la place des femmes svp?

Nous nous plaignions naguère que Trudeau & Cie voulaient annihiler notre culture et faire de nous un groupe ethnique comme les autres. Il y a seulement notre culture qui est digne de respect? Certains Québécois, se sentant attaqués, ont adopté une position défensive et se sont repliés sur eux-mêmes. Grâce à la charte, les musulmans vont faire la même chose! Et c’est compréhensible.

Ça vaut bien la peine de chialer contre les ayatollahs!

Billet qui va fort probablement être rallongé plus tard.


En calvaire contre le crucifix

Femmes voilées: «augmentation dramatique» des agressions

Jean Dorion, l’anti-Djemila Benhabib

Ajout le 2013-10-05

Au sujet de la pseudo charte québécoise de la laïcité, qui est en fait une manière d’imposer la façon de faire chrétienne (selon une décision des tribunaux des années 1950, dans le cas d’un Témoin de Jéhovah).

Donc, non, ça ne vient pas seulement de Trudeau! La liberté de conscience et de religion est la première liberté qui est mentionnée dans la charte fédérale.

«Laïcité au Canada : Liberté de conscience et exigence d’égalité» de Micheline Milot dans «Archives de sciences sociales des religions», no 146, avril-juin 2009, p. 61-80

Réflexion sur la portée et les limites de l’obligation d’accommodement raisonnable en matière religieuse, Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec, février 2005 (PDF)

Ajout le 2013-10-07

Feminism And Race: Just Who Counts As A ‘Woman Of Color’? Ou comment les femmes autres que blanches (et occidentales et chrétiennes?), ou les femmes blanches et noires si on a de la chance, sont traitées en êtres humainEs non importantEs, voire inexistantEs dans le débat sur le féminisme

La reine en croix

« La Ligue des droits et libertés lance cette semaine une nouvelle édition de son fascicule sur la laïcité. Nous vous invitons à le lire et à le diffuser dans vos réseaux :http://liguedesdroits.ca/wp-content/fichiers/laicite_reedition_oct.2013.pdf. »

Ajout le 2013-10-15
U
n tit détail que Mâme Bertrand & Friends oublient : 1 bonne partie du Maghreb et le Liban sont d’anciennes colonies françaises officielles ou presque et ça a joué dur en sacrament (Albert Memmi, ça vous dit quelque chose? L’OAS? Les pieds-noirs?).

Raison de plus pour les gens ayant des liens avec là-bas d’être sur la défensive vis-à-vis leur identité. Mais oups! Selon certain, la seule identité qu’il vaut la peine de défendre sur cette terre c’est celle des tits Québécois blancs, joualisants (bon nombre de ces gens-là parlent et écrivent le français mieux que nous!), pseudo-chrétiens (alors que 40% ou plus des Québécois n’y connaissent rien mais font semblant parce qu’ils aiment les arbres de Noël et puis c’est moins forçant que de penser à une solution de rechange authentique). Et plogués en permanence sur le câble américain!

Ça leur prendrait une dose intraveineuse de bell hooks! Tsé là, une féministe de couleur qui conteste le pseudo-féminisme des dames patronesses blanches, riches, colones (c’est quoi le féminin de colon?) et chrétiennes.

Trop bon, faut que je recolle (de Facebook)

Ianik Marcil

« Pourquoi apparaît-il si normal à un si grand nombre d’entre nous que l’essentiel du débat au sujet de l’immigration porte sur nos exigences, nos conditions, et très rarement sur ce que nous devrions exiger de nous-mêmes comme société d’accueil? (…) Tant et aussi longtemps que nous confinerons le débat public sur l’immigration à celui de l’intégration culturelle ou de l’apport économique représenté par les nouveaux arrivants, nous vivrons dans l’illusion d’une société juste.» – Christian Nadeau, Liberté, égalité, solidarité (Boréal, 2013), p. 192/195.« J’avais promis de ne plus parler de la Charte. Je retire cette promesse. De mes sœurs québécoises portant le hijab sont attaquées (heureusement, que verbalement, de celles que je connais) ces jours-ci. J’ai honte de mon coin de pays. »
Janette au pays des malaises

Ajout le 20 octobre

No matter how you are dressed you can still be prejudiced. Removing the visible signs is wishful thinking.

Et puis ce que je trouve particulièwrement enrageant c’est que des Québécoises et des Québécois — membres d’un peuple qui s’est plaint (souvent avec raison) que sa culture, ses coutumes n’étaient pas respectées par les autres reproduisent exactement ce comportement avec les musulmanEs.

Il y a des catholiques qui prennent la pilule. Il y a des féministes botoxées. Notre société supposément égalitaire utilise trop souvent les femmes pour vendre toutes sortes de produits, les sous-paie… la pornographie est florissante… et nous venons nous mêler de dire aux autres quoi faire? Ahem… Les musulmanEs sont des humainEs. Pourquoi ce deux poids deux mesures?

Combien de pays du Maghreb et d’Afrique ont été colonisés, exploités, francisés de force, etc.? Ces gens-là ont dû lutter pour tenir leur caractère propre en vie. Et là, nous allons les mettre sur la défensive en leur IMPOSANT notre façon de voir? Quelle belle façon de «favoriser le vivre-ensemble»! On veut leur faire ce qu’on nous a fait : les rendre invisibles!


Dans le rouge

Par Laurie Penny

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Illustrations de Molly Crabapple

Traduction de Line Merrette
On peut voir la collaboration passée de Molly et de Laurie au sujet des manifestations anti-OTAN ici (en anglais)

©2012 Laurie Penny (texte), Molly Crabapple (illustrations)

Déjà un an! L’article original in English est ici Dans le Rouge.

Le slogan est « Carrément dans le rouge », une allusion au fait d’être couvert de dettes. C’est pour cela que des centaines de milliers d’étudiants et de syndiqués qui participent à la grève dans le secteur de l’éducation ont adopté la pratique consistant à épingler un petit carré de tissu rouge à leurs vêtements.

On trouve désormais partout des gens qui le portent, à New York, à Londres, partout où des mouvements étudiants et antiaustérité s’efforcent de se restructurer après des mois de répression policière. Dans le parc de Washington Square, à New York, des centaines de jeunes gens se rassemblent pour une marche de solidarité avec les étudiants du Québec. Ils portent des carrés rouges épinglés à leur sac, cousus à leur chemise, suspendus à leurs lobes comme boucles d’oreilles et dessinés sur leur visage. Si vous n’avez pas de carré rouge, une jeune femme munie d’une pièce de feutrine et de ciseaux à bricolage s’empressera avec zèle de vous en tailler un pendant que vous marchez tous deux entre deux rangs de policiers du NYPD à motocyclette.

Il se passe quelque chose d’important au Québec. En cette ère de stimulation visuelle incessante, les mouvements de protestation modernes ont jusqu’à maintenant évité l’imagerie mignonne, mais le carré rouge a une histoire. Il plonge ses racines dans le mouvement ouvrier québécois d’il y a plus d’une décennie et a été adopté par l’aile militante du mouvement revendicateur étudiant. Mais depuis quelques semaines, quelques mois, il a été largement adopté par tous les étudiants en grève et leurs partisans autour du monde alors que la violence policière et les lois antimanifestations répressives ont attiré l’attention du monde entier sur le mouvement.

Depuis février, des étudiants de tout le Québec sont en grève pour protester contre une hausse prévue des droits de scolarité, qui sont actuellement les plus bas au Canada. Le gouvernement provincial s’apprête à les augmenter d’une somme pouvant aller de 1 810 $ à 4 700 $. Des milliers de personnes ont marché dans les rues de Montréal pendant plus de 40 soirées consécutives, malgré la pluie tempérée canadienne qui les trempait périodiquement, dont la température rafraîchissante est celle de l’urine tiède. Ce nombre atteint fréquemment les dizaines de milliers de personnes et le mouvement ne cesse de croître. Le mois dernier, le gouvernement Charest a fait adopter à la valeur la loi 78 (une « loi spéciale »), qui contient des mesures draconiennes contre les rassemblements publics. Amnistie internationale les a rapidement condamnées comme étant des « violations des obligations internationales du Canada en matière de droits de la personne ».

Malheureusement pour le premier ministre Charest, cette tentative de mettre fin aux manifestations a eu exactement l’effet inverse. Depuis, durant les manifestations dans les quartiers, des retraités et des enfants se joignent aux étudiants pour tambouriner sur des casseroles. Les casseroles sont un signe de défi adopté à l’exemple du Chili où, dans les années 1970, les travailleurs frappaient sur leur batterie de cuisine vide dans les rues pour montrer qu’ils n’avaient rien à manger.

Maxence Valade porte un carré rouge. Nous nous rencontrons au local de son syndicat étudiant après une réunion sur les prochaines actions. Il a 20 ans et porte un pantalon de surplus militaire et la barbe négligée classique des finissants de collège. Lorsque je lui demande pourquoi il continue à faire la grève, il me donne une réponse qui s’étire, dans laquelle il est question de l’hégémonie néolibérale et des effets de la recherche du profit sur les études supérieures. Il pourrait être n’importe quel étudiant de l’hémisphère Nord si ce n’était de son œil gauche, qui a été détruit par un tir il y a trois semaines durant une manifestation.

À l’endroit où se trouvait l’œil de Maxence, il y a maintenant un trou humide rempli de matière translucide. La paupière est enflée et étirée jusqu’à une longue cicatrice violette qui donne l’impression qu’une grosse araignée essaie d’éclore hors de son front. « Des choses merdiques se produisent et alors, vous mourez », dit-il, stoïque. Il préférerait parler du « néolibéralisme » –un mot que presque tout le monde, dans une région où le fait de parler français est un sujet de fierté, prononce en anglais – plutôt que de la manière dont on se sent quand on participe à une manifestation et qu’on reprend connaissance avec un trou sanglant là où, auparavant, il y avait un œil.

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Le 4 mai, durant une manifestation des étudiants à Montréal [NdT : à Victoriaville], la police a utilisé des balles de plastique et d’autres armes contre des manifestants désarmés. Pendant la grève, qui dure déjà depuis plus de trois mois, un nombre non négligeable d’étudiants ont été gravement blessés. Maxence n’est pas le seul qui a perdu un œil et un autre jeune homme est toujours dans le coma après une hémorragie cérébrale. Comme dans bien d’autres pays où les protestations populaires contre les programmes d’austérité et les compressions se sont enflammées depuis quelques années, la brutalité policière est devenue un élément routinier du paysage politique à Montréal. « Ils ont mis au point une foule d’armes à utiliser contre les protestataires pacifiques ainsi que contre les émeutes, explique Maxence. Ils utilisent des bombes fumigènes, des balles de plastique, des matraques et du gaz lacrymogène. Ils chargent souvent les manifestants à cheval et utilisent la prise en souricière, comme au Royaume-Uni. Parfois, ils ont aussi des chiens, ce qui fait vraiment peur. »

Comme bien des jeunes Québécois, Maxence parle un peu anglais, mais s’exprime avec plus de facilité en français, une langue à laquelle il revient chaque fois qu’il a quelque chose d’important à dire. Le fossé culturel et économique qui a longtemps séparé les francophones et les anglophones au Québec, et en particulier à Montréal, est une caractéristique distinctive de ces manifestations. Elles sont assaisonnées d’un sentiment de fierté régionale dans une province dont le gouvernement instaure des changements structurels extrêmement impopulaires tels que le Plan Nord, un programme visant à ouvrir les ressources naturelles du Québec aux investissements étrangers. « Quoique vous fassiez, m’a dit l’écrivaine et activiste Amelia Schonbek, 25 ans, dites que nous sommes des étudiants québécois, pas des étudiants canadiens. »

La tension entre anglophones et francophones a été une source de discorde sociale par le passé, mais bien des protestataires perçoivent le choc linguistique comme « une “caractéristique porteuse” ». Graffité sur le mur du cégep Saint-Laurent où j’ai rencontré Maxence et d’autres personnes après un débat animé du syndicat étudiant, on trouve une strophe du célèbre poème écrit par Michèle Lalonde en 1968, Speak White :

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Cette description de la langue anglaise – « c’est une langue universelle, nous sommes nés pour la comprendre, avec ses mots lacrymogènes, avec ses mots matraques » trace à la peinture fraîche l’histoire de l’asservissement des travailleurs francophones au Québec avant la Révolution tranquille des années 1960. À cette époque, comme maintenant, les bouleversements sociaux dans la province de Québec ont été associés aux changements culturels et aux révolutions en marche dans le monde, tout en conservant un caractère québécois unique. L’une des promesses faites par le nouvel État laïque à l’époque était l’enseignement supérieur gratuit pour tous, et cette promesse n’a pas été oubliée, qui ne peut être oubliée chaque fois que les étudiants scandent « La loi spéciale on s’en câlisse[1] » dans les quartiers de Montréal. Pour paraphrase George W. Bush, il semble y avoir consensus sur le fait que le problème des anglophones est qu’ils n’ont pas de mot pour « en masse ».

Le facteur linguistique n’est qu’un seul des éléments qui viennent compliquer toute compréhension de la grogne au Québec qui ne la verrait que comme un simple rejeton du mouvement Occupy. Le Québec a une longue tradition de grèves étudiantes qui ont permis d’obtenir des concessions du gouvernement; la dernière remonte à 2005. Cette dernière ronde, celle qui a eu le plus d’ampleur et a duré le plus longtemps, était « planifiée depuis 2010 », selon Rushdia Mehdi, une étudiante en géographie qui porte des boucles d’oreille à carré rouge dissimulées sous ses cheveux sombres.

L’une des principales raisons pour lesquelles les étudiants du Québec obtiennent un succès relatif quant à la durabilité du mouvement en dépit des agressions policières est la manière unique dont la grève est structurée. Lorsque les étudiants de Concordia, de McGill et des autres universités ont quitté leurs salles de cours, L’État commence immédiatement à perdre de l’argent pour les honoraires des professeurs et les autres coûts institutionnels. Les syndicats étudiants estiment que le coût total de la grève pour le gouvernement provincial, présence policière y compris, a déjà dépassé le montant espérait percevoir en haussant les frais de scolarité. Pendant ce temps, les étudiants, ayant subi peu de sanctions disciplinaires pour les actions collectives, n’ont pratiquement rien à perdre sauf du temps, la seule chose que les jeunes qui parviennent à l’âge adulte dans un monde d’austérité et de chômage ont en abondance.

La combinaison du rapport de forces politique et des répercussions minimes ont fait qu’au Québec, les grèves étudiantes ont une efficacité directe bien plus grande que celles qu’ont eu, par exemple, en Grande-Bretagne, où les étudiants de l’University College de Londres ont été menacés de se faire imposer des dizaines de milliers de livres en réclamations pour dommages après avoir simplement occupé un petit groupe de salles sur le campus. Le réseau de l’Université de Californie a utilisé la même tactique d’amendes punitives contre les activistes antihausse. Les années antérieures, les étudiants montréalais et du reste de la province ont réussi à obtenir des gels et des annulations de compressions prévues aux programmes de bourses. Ces gains ne sont peut-être pas des révolutions sociales fracassantes, mais suffisent à démontrer à l’État que ce qu’on prétend être la future main-d’œuvre de la classe moyenne est encore un groupe avec lequel il faut compter. « Pour comprendre les grèves de 2012, il faut comprendre la grève de 2005 », souligne Mehdi, qui est active en politique étudiante québécoise depuis près d’une décennie. Rien n’aurait pu cependant la préparer à l’ampleur et à la durée de cette grève, ni à la férocité de l’intervention policière.

Cette fois-ci, contrairement aux années précédentes, le gouvernement du Québec n’est pas prêt à faire des compromis. Le nouvel ordre social postcrise financière est aussi fragile et impitoyable que partout ailleurs au Nord. Les pourparlers qui ont eu lieu récemment avec les porte-parole des syndicats étudiants à Québec, qui étaient censés satisfaire toutes les parties, ont fini en queue de poisson après quelques jours à peine. «  Charest fait le pari que le mouvement de grèves va s’essouffler durant l’été, lorsque les gens vont partir en vacances », explique William Burton, étudiant à la maîtrise à l’Université de Montréal. « Ils vont maintenir la loi 78 en vigueur, les étudiants vont reprendre les cours au cégep et à l’université [et] il va y avoir des confrontations. »

Il semble qu’en 2012, même la plus modérée des réformes sociales libérales a besoin d’un mouvement de rue radical pour se rendre jusqu’à la table de négociations. À New York, tout comme à Montréal, des gens sont battus et arrêtés dans la rue pour n’avoir demandé rien de plus qu’un gel des droits de scolarité correspondant à la stagnation des salaires. Le 4 juin, en regardant cinq policiers du NYPD de taille imposante plaquer un jeune homme qui se tenait paisiblement debout au milieu de la rue, le menotter, le frapper à coups de pied et lui écraser la tête entre les genoux avant de traîner son corps inerte jusqu’à un fourgon de l’escouade anti-émeute, vous auriez pu croire qu’il s’agissait d’un militant armé exigeant le renversement immédiat de l’État bourgeois plutôt qu’un étudiant préoccupé par l’obligation de s’endetter à vie pour financer son avenir.

Certains étudiants commencent à se dire, avec raison, que s’ils doivent se faire arrêter de toute façon, pourquoi ne pas être un peu plus ambitieux. Il est tout aussi facile, après tout, de se faire asperger de poivre de Cayenne pour avoir demandé poliment un gel des droits de scolarité dans un système qui regorge déjà d’iniquités que de se faire ainsi asperger après avoir demandé la gratuité scolaire universelle. À l’aide du « microphone humain », une technique d’appel et réponse, une jeune femme blonde aux cheveux très courts se tenant debout sur un pilier bas a crié « Ceci est une marche de solidarité avec les étudiants du Québec. Nous, les étudiants, ne resterons pas passifs pendant qu’on nous vole notre avenir, qu’on nous endette à vie et qu’on nous refuse une éducation à coût abordable. »

À Montréal, à New York et à Londres, des versions locales de la même crise de l’éducation et de l’emploi sont jouées, avec les mêmes séquences et parfois avec la même esthétique – les capuchons, les mélopées, les jeunes portant des masques de V pour Vendetta, la police équipée comme des chars d’assaut humains faisant face à des adolescents sans armes et réclamant à grands cris une vie une peu meilleure. Autour du monde, les étudiants confrontés au chômage et aux frais sans cesse gonflés demeurent à l’avant-garde des mouvements antiaustérité, et il y a de bonnes raisons pour cela. Premièrement, ils représentent cette même classe moyenne dont l’avenir a justement été confisqué par la relance du capitalisme occidental au sortir de la crise de 2008. Deuxièmement, ce que Maxence Valade appelle la « privatisation néolibérale de l’éducation » touche chacun d’entre nous.

Après tout, existe-t-il pour une culture une méthode plus rapide de courir à sa ruine que de faire en sorte que toute jeune personne intelligente dont les parents ne sont pas superriches devienne un esclave à vie pour dettes? Il existe peut-être pour une société des manières plus sûres de s’appauvrir littéralement et spirituellement qu’en forçant ces gens à aborder l’apprentissage comme un jeton de casino froid et dur à échanger contre la possibilité sans cesse plus mince d’assurer son avenir et en permettant aux mégabanques d’utiliser ces jetons pour créer une deuxième bulle de la dette. Et il existe peut-être des manières plus sûres de baliser un chemin vers un État paranoïaque et violent que l’imposition impulsive de lois antimanifestations qui poussent des communautés entières à sortir dans la rue pour y épancher leur colère. Il existe peut-être des manières plus rapides et plus sûres d’y arriver, mais je n’en vois aucune qui fait tout cela avec une aussi brutale efficacité. Et si vous en connaissez une, je suis impatiente de l’entendre.


[1] NdT : En France, on dirait sans doute « La loi spéciale, on s’en fout! »

Le message semble clair: nous sommes tous des « crottés »

For my lost Sisters in Spirit: gone but NEVER forgotten

May justice be done. SOON.

families of Sisters in Spirit

PROVINCIAL CALL TO ACTION to continue the struggle against the Harper Government™’s policies – Demonstration February 10, 2013

APPEL À L’ACTION PROVINCIAL pour poursuivre la lutte contre les politiques du gouvernement Harper – Manifestation le 10 février

10 février français

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