Speak rich en tabarnaque

par Marie-Christine Lemieux-Couture

Sur toutes les chaînes de radio comme celles de la TiVi
Speak rich say Québec Inc
Parlez-nous du bien commun vendu au moins offrant
Des trous dans les poches de la nation
Pour que vos gaz de schiste perforent notre ignorance
Speculate on our future
Donnez-nous des chroniqueurs de foutaises
Des bourreux de crânes de nuages pelletés
Des démagogues de la condescendance érigée en système
Pour nous faire avaler la pilule de votre mépris

Speak rich en tabarnaque
Ne tournez pas vos langues de bois sept fois dans votre bouche
Coupez à blanc nos arbres à profits
Financez les multinationales à même notre trésor public
Pendant que nous peinons sous le poids de notre « juste part »
Éduquez-nous à l’investissement et à la richesse
En nous endettant jusqu’à plus soif
Pour que vos intérêts nous plient l’échine

Speak rich en tabarnaque
As if we don’t know about how you lead a financial crisis
Dites Fitch, Moody’s, Standard & Poor’s
Pour calmer notre tension du désespoir
Faites-nous croire que nous payons la dette de notre solidarité
Quand nous écopons des frais de 25 ans de libéralisme corrompu
Speak rich over our dead bodies
Because nous sommes 99% à crever de faim
Pour nourrir le Chronos du capitalisme sauvage
Speak it out loud
Because nous sommes lobotomisés par vos modèles de consommation
Nous comprenons des langages simples
Comme celui de la publicité
Nous comprenons des langages vides
Comme celui de vos discours politiques
Nous comprenons
Nous comprenons un peu trop

Speak rich en tabarnaque
Give us an American dream
Pour épancher nos plaies de capital humain
Bâillonnez nos révoltes de votre poivre démocratique
Supprimez notre honte sous la matraque des libertés individuelles
Étouffez-nous de vos droits lacrymogènes
Déformez notre cohésion sociale
Sous l’objectif propagandiste de vos mass médias
Nous parlons peu
Mais nous n’oublions pas

Speak rich en tabarnaque
From Tatcher to Reagan
In Friedman or Von Hayek’s words
Bring us to the Washington Consensus
Enlight us with the New World Order
Nous sommes fait de désordre
Et votre norme est trop petite pour nous

Speak rich
Coupez les mamelles de l’État
Excisez le peuple sous le bistouri des institutions financières
Il faut régler le pas des pauvres à coup de taux d’inflation
Align us on your axis of evil
Nous sommes dociles dans la terreur
Pris de torpeur hivernale dans vos xénophobies quotidiennes
Mais si nous nous réveillons
Si nous nous réveillons
Nous savons soulever tous les printemps du monde

Speak rich
Tell us about your « cultural révolution »
Dites-nous combien vous êtes « socialement responsables »
Que notre lexique gauche se vide de son sens
Au bénéfice de vos soliloques sourds d’idéologie dominante
Condamnez notre culture de misère à votre dédain
Parce qu’elle ne cadre pas dans votre économie du Savoir
Parce que vous craignez que la force de notre « nous »
Renverse la faiblesse de votre « je »
Quand vous vous recroquevillez sur une « majorité silencieuse »
Pour mieux nier la rumeur dont la rue est otage
Quand nos cris résonnent sur les pavés
Pour vous faire entendre qu’une autre voie est possible

Commencez-vous à comprendre
Que vous êtes seuls ?

Publicités

La preuve que la philosophie est utile!

Commentaire envoyé au Devoir sur l’article Hausse des droits de scolarité – John Rawls contre la conception entrepreneuriale de l’université.

La philosophie est l’une de ces «disciplines» qu’on essaie de nous présenter comme inutile. Les ténors populistes alimentent l’anti-intellectualisme ambiant trop souvent au Québec en soulignant que les artistes sont subventionnés, que les ballerins crèvent de faim et que peu de philosophes travaillent dans leur domaine. Mais l’art n’est pas que du divertissement. C’est aussi un moyen d’expression, un morceau de notre culture. Il suffit de regarder la peinture Guernica de Picasso…

J’ai beau être une diplômée des HEC, je veux affirmer bien haut que la mission de l’université est avant tout d’avancer les connaissances et l’humanité en général. Elle doit aider ses participants à développer leur esprit d’analyse, leur capacité de réflexion et leur sens critique. On forge des caractères.

Mais bien sûr, des citoyens qui réfléchissent, qui sont conscients des enjeux, qui analysent le discours politique et les programmes des partis, c’est subversif. Ça dérange. Un peuple ignorant est un peuple docile. Quand on n’a pas les concepts pour nommer la réalité, qu’on ne sait pas les manier, on est réduit au novlangue de 1984.

C’est tout comme quand on a réduit les cours de philosophie dans les cégeps à de simples cours de rhétorique (bien structurer et défendre un argument — le contenant — plutôt que penser — le contenu).

Et on se demande ensuite pourquoi tant de gens d’affaires n’ont aucune morale? Le concept de bien commun a été évacué pour le moi, moi, moi. Et ce ne sont pas nécessairement les jeunes les plus coupables à cet égard. L’individualisme forcené, la fausse doctrine de l’objectivisme et le greed is good ont fait le reste. On évoque Adam Smith, sans jamais l’avoir lu.

L’université n’est pas une école de métiers.

Merci pour cet exposé éclairant. Et on viendra nous dire que la philosophie est inutile.

œœ———————

Autre article intéressant qui effleure la même problématique : Ras-le-bol des idées néolibérales

 

%d blogueurs aiment cette page :